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►►►►Une spirale économique toxique - Thème 4 sur 10
  • Si je désire une eau d’Europe, c’est la flache
    Noire et froide où vers le crépuscule embaumé
    Un enfant accroupi plein de tristesse, lâche
    Un bateau frêle comme un papillon de mai.

    (…)

    Arthur RIMBAUD - (Le bateau ivre)

    • Je ne puis plus, baigné de vos langueurs, ô lames,
      Enlever leur sillage aux porteurs de cotons,
      Ni traverser l’orgueil des drapeaux et des flammes,
      Ni nager sous les yeux horribles des pontons.


Financiarisation & spéculation anti-démocratique


Au nom d’une compétitivité dont les règles sont imposées par la sacro-sainte concurrence prétendue « libre et non faussée », au service de la course au profit voulue par la mondialisation, l’Europe des marchands et des financiers jette par dessus bord, tel un lest handicapant, les facteurs du progrès social et de la solidarité résultant de décennies d’efforts.

Est-elle sourde aux lamentations des peuples qu’elle a embarqués sur ce bateau ivre, et aux protestations grandissantes de ses indignés en voie de révolte ?


© Tous droits réservés 2010 – Agence “Made in Transparency” – SARL (AMIT)


La financiarisation de l’économie.


Pour la plupart des gens, qui dit finance, dit banque. Et la financiarisation de l’économie consisterait dans la main-mise des banques sur l’économie réelle, celles-ci imposant leur loi du profit financier aux entreprises, et finalement aux États et aux populations. Ce qui constitue un danger croissant pour la démocratie.

À y regarder de plus près, c’est à la fois vrai et faux… Car si la financiarisation de l’économie mondiale est un fait, et si ses conséquences réellement désastreuses, en attribuer exclusivement la responsabilité à un secteur désigné comme étant globalement « LA BANQUE », et donc à l’activité bancaire dans son ensemble, n’est pas suffisamment exact pour permettre d’y remédier.

Il est donc nécessaire de discerner qui a fait quoi, dans quel contexte et selon quelles modalités.

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En 1965, le Président De Gaulle dénonce le choix du dollar comme étalon international►►►En 2008 éclate la plus grande crise financière
►►►►►►►►► depuis celle de 1929


  • Un peu d’histoire, tout d’abord. Comment les activités financières se sont-elles développées ? Comment ont-elles évolué ? Comment la banque s’est-elle institutionnalisée ? Quelles sont aujourd’hui les différences entre les banques et le secteur financier auquel elles appartiennent ? Et quels principaux enjeux sociétaux recouvre actuellement ce secteur ?

    (lire la suite…)

    • Les origines des activités et des institution bancaires.

      La fonction créant l’organe, c’est la pratique d’abord informelle de différentes activités économiques d’échange (biens et services) et de prêt (paiement différé ou financement anticipé) qui, en se développant et en se dotant de règles formelles, a conduit peu à peu à la création d’établissements spécialisés. Ils finirent par constituer un secteur à part entière : la banque.

      ● L’échange de biens et de service entre les êtres humains a bien sûr toujours existé. Notamment le troc, c’est à dire l’échange direct d’un bien ou d’un service contre un autre bien ou service, sans recourir à un moyen intermédiaire de paiement.

      ● Mais avec l’apparition des moyens de paiement matériels facilitant les échanges (objets dédiés à cette fonction, par exemple les cauris, métaux précieux, ou moyens fiduciaires, pièces puis papier monnaie, lettres de change et chèques), des règles ont dû être instaurées : reconnaissance commune de la valeur de ces moyens de paiement, droit d’émission, sécurisation de leur stockage et de leur circulation, bénéfice des prêteurs (autorisation ou non de la pratique de l’intérêt, sa limitation à un niveau au-delà duquel le taux appliqué est qualifié d’usure et jugé condamnable, etc.)

      Dès lors, la politique monétaire et la gestion financière voyaient le jour, et avec elles, les relations entre le pouvoir politique et les agents financiers.

      En Europe, l’activité bancaire s’est structurée avec les grandes foires médiévales vers lesquelles convergeaient des marchands de différents pays. Plus les distances à parcourir étaient longues, plus le risque de brigandage était élevé. Plutôt que de transporter avec eux des moyens de paiement échangeables anonymement (or ou autre monnaie), les marchands se munissaient de lettres de change établies à leur nom par un comptoir financier où ils détenaient des valeurs, généralement dans leur ville de résidence. Une lettre de change était destinée à un autre comptoir financier, souvent de la même compagnie, située dans la ville où se tenait la foire. Les sommes correspondantes ne pouvaient donc être remises qu’à la personne désignée par ces lettres de change.

      Le chèque était né, première étape de la dématérialisation monétaire. Mais dans les faits, son usage demeurait réservé à une clientèle particulière de marchands et de financiers.

      ● Dès lors que des échanges de biens et de services, même non monétaires (troc), ont donné lieu à un différé dans le temps et à la comptabilisation d’un dû (« en échange de l’aide que tu m’apportes aujourd’hui pour cultiver ma terre, je te donnerai une partie de ma récolte »), cette pratique correspondait au principe du prêt.

      C’est dire que celui-ci est aussi ancien que l’être humain. Or il ne caractérise pas exclusivement notre espèce : les échanges différés sont nombreux entre animaux, et même dans l’ensemble de la Nature (échanges éco-systémiques).

      ● Mais dans un secteur qui se caractérise rarement par son altruisme, pour qu’un emprunteur trouve un prêteur, il est bien évident que ce dernier doit avoir un intérêt à prêter son épargne :

      au minimum, un prêteur essaie d’éviter que son épargne perde de la valeur en dormant, du fait de l’inflation (augmentation des prix sans accroissement proportionnel de la valeur d’usage des biens et de services).

      au-delà, il souhaite généralement que son épargne prenne de la valeur pendant que lui-même dort… Il faut pour cela que l’argent prêté rapporte plus que les prix augmentent. Le taux d’intérêt du placement doit donc être supérieur au taux d’inflation pendant la durée du prêt.

      ● Le pouvoir politique a très tôt compris l’intérêt de mettre en place une régulation de l’activité bancaire et du marché financier, notamment parce qu’il a toujours eu lui même besoin de se faire prêter de l’argent. Il a donc défini, selon des critères plus ou moins objectifs ou arbitraires, un taux d’usure, au-delà duquel le prêteur devenait un usurier, et son activité alors condamnable était passible de poursuites judiciaires. Le niveau désigné comme taux d’usure variant énormément selon les lieux et les époques.

      ● Mais les facteurs facilitant la pratique de l’usure sur un marché noir de la finance, consistent dans le déséquilibre entre l’offre et la demande, la demande de financement étant très supérieure à l’offre, ou dans un rapport de force disproportionné entre prêteur et emprunteur, ce dernier étant pris à la gorge par son besoin de financement ou par ses dettes.

      ● La recherche de placements lucratifs a toujours fait l’objet d’une activité et d’une créativité intenses, de la part de professionnels de la finance comme de particuliers. Et leur ingéniosité a donné lieu au développement d’un champ spécifique de l’activité financière : la spéculation financière.

      Le mot spéculation tiré du Latin spĕcŭlāri (observer, guetter, épier, espionner), peut recouvrir des pratiques très variées, allant :

      d’une noble activité de philosophe ou de chercheur tirant de l’observation et de l’expérimentation les scénarios dont naîtra le progrès de sa connaissance,

      ou de celle de vigie ou de stratège en charge de la sécurité ou du bien-être du plus grand nombre,

      à celle beaucoup plus égoïste du joueur compulsif, de l’opportuniste boulimique, jusqu’aux méfaits du prédateur destructeur.



      Nous venons de parcourir les principales fonctions du secteur bancaire et financier :

      L’émission, le stockage et la sécurisation physique des moyens de paiement matérialisés (réserves d’or et de devises - pièces et billets), de moins en moins nécessaire au fur et à mesure de leur dématérialisation. L’émission de monnaie physique (pièces et billets) étant réservée aux banques centrales, et les réserves nationales d’or généralement détenues par elles.

      Collecte et placement de l’épargne des déposants. Le placement de l’épargne s’effectue de plusieurs manières :

      dans des livrets permettant de financer des activités clairement définies par l’État, à des conditions et un taux fixés par lui,

      dans des produits financiers propres à l’établissement et relevant de son activité d’ingénierie financière,

      ou sur le marché financier, dans des produits émis par d’autres établissements.

      Émission de prêts et création monétaire par le crédit, dans une proportion déterminée selon la règle de levier des fonds propres.

      Si une banque ne pouvait prêter que ce qu’elle détient en fonds propres (dépôts de ses clients, non immobilisés sous forme de placements à moyen et long terme, et bénéfices provenant de l’activité de l’établissement financier), la capacité bancaire globale de financement de l’activité économique serait très limitée.

      Donc, une banque est autorisée à prêter plus qu’elle ne détient réellement sous forme de fonds propres. Elle emprunte elle-même le complément. Le taux de fonds propres nécessaires est décidé par les pouvoirs publics : les accords de Bâle III du 16 décembre 2010, ont fait passer ce ratio, qui n’était plus que de 2%, à 7% de fonds propres, et prévoient de le faire évoluer jusqu’à 9 ou 10 % en 2013. C’est-à-dire dans ce cas, que sur 100 € prêtés par elle, la banque n’en détient réellement au maximum que 10 et emprunte 90 sur le marché, à un taux inférieur à celui qu’elle va faire payer à son emprunteur. C’est sur ce différentiel de taux qu’elle réalise l’essentiel du bénéfice résultant de son activité de prêt.



      Création de monnaie et régulation par les taux de crédit.

      ● Pourquoi dit-on qu’en prêtant, une banque ou un autre établissement financier crée de la monnaie, et que cette monnaie est détruite au fur et à mesure des remboursements par l’emprunteur ? Tout simplement parce que, dès que le compte de l’emprunteur est crédité du montant du prêt, il est susceptible de retirer tout ou partie ce montant sous forme de billets et de pièces ; ce qui n’était pas le cas avant que le prêt soit émis, et ce qui ne sera plus le cas lorsque le prêt sera totalement remboursé.

      Ainsi, à l’échelle nationale, l’activité de crédit fonctionne comme un système respiratoire, chaque prêt et son remboursement consistant dans un inspire et un expire monétaire, un flux et un reflux gérant l’apport d’oxygène aux cellules du corps économique et social du territoire.

      ● Si la quantité de crédit émis est trop faible, c’est l’ensemble de l’activité économique qui se rétracte, et toute la société qui en pâtit : l’investissement des entreprises comme les achats des consommateurs sont touchés.

      ● Si à l’inverse, le crédit est trop abondant, cela présente au moins deux types de risques :

      une surchauffe générale de l’économie se traduisant par une augmentation générale des prix (inflation), du fait d’une demande de biens et de services trop supérieure à l’offre, et/ou d’une insuffisance de matières premières disponible pour la production (voire de main d’œuvre, ce qui n’est malheureusement plus le cas depuis très longtemps) sur les marchés.

      une insolvabilité des emprunteurs due à un surendettement initial si les conditions d’octroi du crédit sont trop laxistes, ou si un retournement de la conjoncture économique les fragilise et les rend insolvables (diminution importante du chiffre d’affaire d’une entreprise, perte d’emploi d’un salarié, la première étant susceptible d’entraîner la seconde).

      ● C’est pourquoi les taux d’intérêts pratiqués par les banques et les autres établissements financiers permettent de réguler le volume de crédit. Traditionnellement dévolue aux États via leurs banques centrales, c’est la Banque Centrale Européenne qui est en charge de l’émission de monnaie et de la politique monétaire dans la zone euro. En fixant le taux directeur (taux d’intérêt au jour le jour, elle donne le LA des comportements d’épargne et des politiques de crédit dans les États membres.



      L’effet de levier, au centre de la tentation spéculative.

      ● Dans ce sens, on entend par effet de levier la capacité d’un investissement ou d’un prêt initial, à déployer un effet économique multiplié, un peu comme le fonctionnement d’un pédalier : plus la différence de taille est importante entre le pignon arrière fixé dans l’axe de la roue, et le pignon avant sur lequel sont articulées les pédales, et plus la distance parcourue par le vélo en un tour de pédales est grande.

      Mais également, plus l’effort musculaire d’entraînement doit être puissant… Le cycliste doit donc savoir réguler sa course en fonction du terrain, et choisir le bon pignon selon que la route est plate, descend ou grimpe.

      ● En économie financière, ce différentiel représente le taux de couverture du crédit. Si une banque n’était autorisée à prêter que les montants qu’elle détient réellement en dépôt à moyen et long terme (constitutifs de ses fonds propres), la sécurisation du système de crédit serait maximale, et l’effet de levier, minimal ou nul.

      ● A l’origine de l’activité bancaire occidentale, au Moyen Âge, non seulement la banque ne pouvait prêter que ce qu’elle détenait réellement, mais ses avoirs devaient être matériels (or et autres métaux et biens précieux).

      La valeur attribuée par le marché à des biens sur la seule base de l’offre et de la demande, a forcément introduit la part d’irrationnel inhérente à la psychologie humaine.

      En Hollande, la « crise de la tulipe » de 1637 constitue sans doute le premier éclatement d’une bulle spéculative, qui en annonçaient beaucoup d’autres, jusqu’à nos jours.

      Toutes relevant des mêmes ressorts psycho-comportementaux :

      d’abord le désir et l’envie, tournant à la cupidité,
      l’imitation et le suivisme, virant à l’addiction,
      une capacité d’auto-persuasion motivée par les précédents facteurs,
      rendant totalement irrationnel et irréaliste,
      un soupçon de pensée magique ou « syndrome de l’élu » (des dieux, parmi
      tous les mortels…) apparenté au sentiment d’impunité en cas d’activités
      illicites ou moralement répréhensibles.

      ● On comprend que, l’ensemble de l’activité de crédit pratiquée sur les marchés financiers fonctionnant sur la base d’un taux de couverture tellement faible (7% en 2011), toute crise de confiance amenant les déposants à demander massivement la restitution de leurs dépôts, peut avoir l’effet désastreux d’un éternuement au dessus d’un château de cartes.

      Le Krach de 1929 fut précédé d’un ralentissement économique qui rendit insolvable un trop grand nombre d’investisseurs boursiers qui avaient pris l’habitude d’acheter à découvert, et de ne payer les titres achetés qu’en les revendant, en réalisant un bénéfice, du fait qu’ils les revendaient plus chers qu’ils les avaient achetés.

      La perte de vitesse de l’économie faisant baisser la valeur des actions, celles-ci ne pouvaient plus être revendues à un prix aussi élevé que leur prix d’achat. Si l’activité boursière avait été basée sur une épargne dite de “bon père de famille”, c’est-à-dire sur des placements à moyen et long terme n’excédant pas les avoirs disponibles des épargnants, ceux-ci auraient au pire perdu leurs avoirs.

      Mais en réalité, il y eut krach parce que l’activité boursière était devenue essentiellement spéculative : les investisseurs financiers n’investissaient pas leur propre épargne en actionnaires responsables, mais achetaient massivement avec de l’argent qu’ils ne possédaient pas, et qu’ils furent incapables de rembourser lorsque le cours des actions, au lieu de varier à la hausse comme à la baisse, plongea d’autant plus inexorablement que l’insolvabilité des spéculateurs s’avéra massive.

      La crise des subprimes de 2007 a d’autres causes : des prêts immobiliers massivement consentis à des emprunteurs initialement insuffisamment solvables, assortis de taux variables.

      Il s’agit donc, à l’origine, d’une faute déontologique commise par les organismes de crédit. Puis, d’une tentative de dissimuler le risque financier en camouflant ces prêts hypothécaires à haut risque dans des produits financiers composites (produits dérivés) associant différents produits de base (actions, obligations, autres produits dérivés) jusqu’à les rendre totalement opaques et quasiment intraçables…

      Il ne s’agissait plus d’une question de déontologie, mais d’une escroquerie savamment organisée, avec la complicité de très grandes banques et autres organismes financiers, et la bénédiction d’agences de notation, attribuant à ces produits leur note maximale, le trop fameux “AAA”.

      Ce n’est qu’au bout de plusieurs années que ces prêts hypothécaires finirent par être considérés comme risqués, entraînant une hausse des taux appliqués aux prêts nouvellement consentis, comme aux anciens prêts en cours de remboursement. Et ce sont ces derniers qui déclenchèrent le processus d’effondrement du système : en effet, les emprunteurs concernés, voyant subitement le montant de leurs échéances grimper au-delà de leur capacité de remboursement, furent ruinés et virent leurs maisons être saisies. De plus, l’afflux de logement mis en vente provoqua un effondrement du marché immobilier. Enfin, l’opacité du système financier globalisé ne permettant pas de repérer aisément ces créances pourries (junk bonds) émises durant des années en quantité industrielle, mêlées aux avoirs supposés plus sains des établissements financiers de toute la planète, comme en 1929, la panique qui s’ensuivit gagna toute l’économie mondiale, ouvrant la voie à toute spéculation (aux double sens du terme) sur la fiabilité des dettes publiques des États eux-mêmes.

      Mais le point commun entre les deux crises réside dans l’élément déclencheur : la perte de confiance dans le système lui-même.

      Ceci nous amène à une question fondamentale :

      Un système quel qu’il soit, basé sur la confiance plutôt que sur la transparence et sur la preuve continuelle (par l’analyse et le contrôle) de sa fiabilité, est-il bien sérieux ?

      Que dire alors quand c’est un tel système qui régit toute l’économie mondiale, transformant l’économie réelle en un vaste casino, et impose désormais sa loi aux États ?…



      L’objectif de la spéculation financière est donc aussi simple que trivial :
      … gagner un maximum d’argent, en un minimum de temps et d’efforts.

      ● Comment spéculer, si l’on exclut la pratique classique mais interdite et donc trop risquée de l’usure ?

      Les moyens sont nombreux. Mais le plus courant représente l’essentiel de l’activité des salles des marchés des banques et des gestionnaires de fonds de placement (ou hedge funds) : jouer sur la variation de la valeur d’échange des produits financiers sur les marchés. Acheter à la baisse et revendre à la hausse. Nous verrons plus bas le rôle que tient désormais la haute technologie dans ce domaine.

      Qu’est-ce qui distingue le rôle de la banque de celui des autres établissements financiers ?

      Le secteur financier regroupe les banques, les sociétés fiduciaires, les sociétés de courtage de valeurs mobilières, les compagnies d’assurances, les sociétés de crédit-bail, certaines d’entre elles étant considérées, du fait de leur poids financier, comme des investisseurs institutionnels.

      Seules les banques sont habilitées à collecter les dépôts de leurs clients et gérer des compte courants, ou comptes à vue. Elles doivent être en mesure de leur restituer cet argent à leur demande. Elles doivent être agréées par l’État.

      Les autres établissements peuvent, comme les banques, consentir des crédits à leurs clients. Mais l’origine des fonds prêtés diffère, puisqu’ils ne peuvent provenir de dépôts à vue. Ils placent l’argent d’investisseurs, ce que les banques sont également autorisées à faire.

      ● C’est la confusion entre ces deux fonctions qui prive le système financier de dispositif coupe-feu destiné à protéger l’économie réelle d’un embrasement systémique, en cas d’éclatement de bulle spéculative dont la réaction en chaîne entraîne d’abord l’implosion du système financier, lequel sacrifie en priorité l’investissement productif et le crédit à la consommation.

      Ce fut l’objectif du Glass-Steagall Act ou « Banking Act de 1933 » voulu par le président américain Franklin Delano Roosevelt, de séparer ces deux types d’activité afin de sécuriser les dépôts constitutifs de l’épargne populaire et du fonctionnement normal de l’économie, dans son ensemble.

      À suivre ci-dessous…

Qu’entend-on par financiarisation de l’économie et comment celle-ci s’est-elle déroulée ?
(en voici une version imagée très didactique, mais quelque peu édulcorée)

« Dessine moi l’éco - La bourse et le financement des entreprises »

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  • Quel rôle ont réellement joué le secteur financier et les banques en particulier ? Ou plutôt quelles banques ? De quelle complaisance ce processus a-t-il bénéficié de la part des décideurs politiques, tant à l’échelle des États nationaux que des grandes institutions économiques internationales ?

    Le journaliste Marc ROCHE, auteur de « Le Capitalisme hors la loi » et le sénateur Jean ARTHUIS, auteur de « SOS Finances Publiques : Osons les vraies réformes ! » nous en donnaient un aperçu le mercredi 7 septembre 2011 sur France Inter (émission Interactiv’) :

    Cliquer sur l’image pour écouter

    En prêtant une plus grande attention aux mises en garde d’analystes perspicaces et libres de conflits d’intérêt, tels que Paul Jorion, nous aurions pu voir à temps le cyclone financier de 2008 arriver… Or aucun éditeur français ne voulut publier avant 2007 son ouvrage « La Crise du capitalisme américain » qu’il rédigea en 2004, dans lequel il annonçait en parfaite connaissance de cause la crise financière américaine des subprimes.

    (lire la suite…)

    • De l’essor du crédit à la consommation, à l’éclatement de bulles spéculatives….

      La fin de la guerre de 1914-18 avait ouvert la période de reconstruction, de prospérité et d’insouciance des années folles. La demande de biens et de services avait fait exploser la production, elle-même financée par les banques. De nouvelles techniques financières se développèrent pour faciliter cet essor.

      Or elles devinrent rapidement, non plus un moyen de faciliter l’investissement productif et la consommation, mais un instrument spéculatif entre les mains des banques, des agents financiers et des boursicoteurs.

      ● Au début des années 1920 aux États-Unis, le volume global des prêts (brokers’s loan) garantissant les achats à découvert en bourse de produits financiers, était passé de 1 ou 1,5 milliard de dollars, à 6 milliards en novembre 1928. À la fin de 1928, les intérêts de ces prêts rapportaient 12% aux prêteurs, conduisant à un afflux d’or vers Wall Street, en provenance du monde entier, pour alimenter l’achat d’actions à découvert.

      Au centre de ce système, nous trouvons déjà les fondateurs de la désormais célèbre banque américaine Goldman Sachs, Marcus Goldman et Samuel Sachs.

      Pour 10$ apportés par le client, celui-ci peut en investir 110 en bourse.
      La banque lui prête les 90 qui lui manquent.

      Tant que l’économie prospère, ce système tient.

      ● Mais les arbres ne montant pas jusqu’au ciel…
      Et à l’automne 1929, l’économie ralentit.

      Les investisseurs qui avaient parié à la hausse en s’endettant,
      sont incapables de rembourser les banques.

      Les épargnants prennent peur et veulent retirer leur épargne.

      C’est le krach et la panique : 1 banque sur 2 fait faillite.

      La crise financière contamine alors l’économie réelle :

      Le chômage grimpe à 25%,

      Des millions d’Américains perdent tout : leur emploi puis leur maison.

      Des files d’attente s’allongent aux distributions de soupes populaires.

      Puis la crise américaine se propage dans le monde :

      La crise traverse l’Atlantique quand les États-Unis rapatrient leurs fonds placés en Europe.

      En France, la Banque Nationale de Crédit, 4e banque du pays fait faillite en 1932.
      En quelques années, 500 banques régionales connaissent le même sort.



      Le New Deal de Roosevelt et de son organisateur, Harry Hopkins.

      ● Élu Président des États-Unis en 1932, le démocrate Franklin Delano Roosevelt préférant le pragmatisme à l’idéologie, choisit de s’entourer d’esprits imaginatifs.

      Le 9 mars 1933, moins d’une semaine après son investiture pendant laquelle il prononça une phrase devenue célèbre : « The only thing we have to fear is fear itself » (« la seule chose que nous ayons à craindre, c’est la crainte elle-même »), le nouveau président convoque le Congrès pour prendre une décision exceptionnelle :

      Il impose la fermeture de toutes les banques, le temps que les inspecteurs fédéraux se prononcent sur leur état de santé, afin de ne rouvrir que les banques saines.

      500 banques jugées solides rouvrent leurs portes.

      ● Les épargnants sont rassurés et la confiance revient. Les affaires reprennent.

      Mais étant donné la responsabilité des banques dans la crise, Roosevelt n’en reste pas là.

      Deux législateurs, Carter Glass, secrétaire d’État au Trésor, et Henri Steagall, président de la Commission Banque et Monnaie à la Chambre des Représentants, font voter une loi qui aujourd’hui encore reste une référence, le Glass-Steagall Act

      Cette mesure vise à la sécurisation du système bancaire et financier par la séparation des activités bancaires de dépôt et de spéculation :

      Un établissement financier ne peut être enregistré à la fois au titre des 2 types d’activités.

      En vertu de quoi, l’État garantit une partie des dépôts des clients des banques, en cas de banqueroute.



      De la régulation keynésienne de Roosevelt…
      ►►►►►►►►►►à la dérégulation néolibérale de Reagan

      Dans les années 70, la guerre du Vietnam coûte très cher aux USA, et les crises pétrolières enchérissent les coûts de production et font flamber les prix.

      Pour financer la guerre, le gouvernement américain a recours à la planche à billets. Cependant, il est gêné par le système monétaire de l’époque…

      Depuis les accords de Bretton Woods en 1944, toutes les monnaies sont liées entre elles et indexées sur le Dollar, lui-même indexé sur l’or.

      ● Alors le président Nixon abandonne la convertibilité du Dollar en or.

      Le système vole en éclats et les monnaies se mettent à fluctuer entre elles. C’est un gigantesque marché qui se crée, celui des devises, et induit un nouveau métier :

      Des milliers de traders échangent jour et nuit des montants colossaux.

      La financiarisation des banques est en marche.

      ● Lorsque Ronald Reagan arrive au pouvoir en janvier 1981, les USA sont dans une mauvaise passe : croissance faible, inflation élevée et chômage important.

      Ronald Reagan et Margaret Thatcher adoptent sans nuance l’idéologie néo-libérale de Milton Friedman :

      libéraliser la commerce et la finance,
      libérer la concurrence,
      réduire le rôle de l’État,
      réduire les impôts,
      fragiliser les syndicats et flexibiliser le travail.

      Un mot d’ordre : déréguler.

      ● C’est cette politique de dérégulation de l’économie qui s’impose au monde depuis plus de 30 ans, via les grandes institutions internationales.

      Milton Friedman, le grand inspirateur de cette politique, a le sens de la formule :

      « Si le gouvernement fédéral était en charge du Sahara, en cinq ans, le désert manquerait de sable. »

      « Beaucoup de gens souhaitent que le gouvernement protège le consommateur, mais la question la plus urgente est de protéger le consommateur du gouvernement. »

      « Je suis pour baisser les impôts dans toutes les circonstances, quelles que soient les raisons et avec n’importe quelle excuse. »

      Le Glass-Steagall Act de Roosevelt n’en a pas pour longtemps.

      ● Le 8 octobre 1998, Sandy Weill, président de Travelers, crée CitiGroup, la 1ère banque mondiale universelle (= banque de dépôt + assurance + sociétés d’investissement), en fusionnant sa banque d’affaires, Travelers Group, avec la banque de dépôt Citicorp. Alors qu’une telle situation est interdite par le Glass-Steagall Act, il met les pouvoirs publics devant le fait accompli…

      Le lobby bancaire met tout en œuvre pour faire sauter les derniers verrous :

      C’est en 2004 que les 5 plus grandes banques américaines parviennent à s’affranchir de la tutelle réglementaire étatique, en obtenant l’assouplissement d’un dispositif fondamental de la sécurisation bancaire voulue par Roosevelt, l’effet de levier :

      alors que depuis Roosevelt, pour 1$ de fonds propres il était permis d’investir 12$.

      désormais, pour 1$ de fonds propres, il devient possible d’en investir 30 ou même 40.

      ● Un an plus tard, en 2005, Bill Clinton supprime le Glass-Steagall Act.

      Les banquiers l’on emporté.

      Les marchés financiers sont, dès lors, livrés à la boulimie des spéculateurs.

      ● 3 ans plus tard, en 2008, la crise financière systémique actuelle éclatait, d’une ampleur supérieure à celle de 1929.

      Alors que c’est un homme politique démocrate, Franklin Delano Roosevelt, qui avait régulé l’économie américaine et sécurisé le système financier après le krach de 1929, pourquoi la plupart des décideurs politiques des années 80 firent-ils l’inverse avant qu’un autre président démocrate américain ne mette un terme officiel au Glass-Steagall Act ?



      Qu’est-ce qui avait aussi radicalement changé entre ces deux époques ?

      Les rapports entre les politiques et le monde de la finance sont devenus de plus en plus étroits.

      C’est Robert Rubin, ancien président de la banque Goldman Sachs, qui est devenu le secrétaire d’État au Trésor du président démocrate Bill Clinton. C’est lui qui signa la mort du Glass-Steagall Act.

      Son successeur dans le gouvernement républicain de Georges W. Bush, est Henri Paulson, autre président de la banque Goldman Sachs. C’est lui qui permettra de faire sauter les derniers verrous.

      ● En conclusion, les plus grandes banques d’affaires sont désormais au pouvoir.



      Cette politique de dérégulation néolibérale gagna également la France.

      Au lendemain de la guerre en 1945, le général De Gaulle nationalisa les principales banques et appliqua les mêmes mesures que le président Roosevelt. Pendant 30 ans, l’activité des banques fut étroitement encadrée. Et l’argent de l’épargne servit à la reconstruction du pays.

      ● Alors qu’en 1981, le nouveau gouvernement socialiste avait nationalisé une quarantaine de banques, il changea de cap en 1984.

      C’est d’abord le gouvernement de Pierre Bérégovoy qui procéda à la modernisation du secteur financier.

      Puis en 1986 : le gouvernement de Jacques Chirac privatisa Paribas, le CCF et la Société Générale.

      Les agents de change font place aux salles des marchés et aux Golden Boys (jeunes traders)

      Apparaissent alors des produits dérivés pariant sur n’importe quoi.

      Les marchés financiers enflent et de nouvelles bulles spéculatives explosent.

      ● L’Union Européenne dicte de plus en plus leur politique économique à ses États-membres.

      Nous expliquons en page « Un système oligarchique mondialisé », les signes de « la prise de pouvoir par Goldman Sachs, en Europe ».

  • Peut-on encore arrêter la finance folle ? Une enquête magistrale en deux volets, au cœur d’un capitalisme financier que plus personne ne maîtrise, et qui a plongé le monde dans de graves turbulences.

Une enquête exceptionnelle en deux volets, à ne pas manquer : Noire Finance - La série

Réalisateur : Jean-Michel Meurice - Auteurs : Fabrizio Calvi, Jean-Michel Meurice
Producteurs : ZADIG PRODUCTIONS, ARTE GEIE

(http://www.youtube.com/watch?v=xbb9g-QDTeU)(http://www.youtube.com/watch?v=xbb9g-QDTeU)

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►►►►►► La grande pompe à “phynances” ►►►►►.►►►► Le bal des vautours

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  • Financiarisation de l’économie réelle et spéculation : une entreprise cotée en bourse n’est plus considérée par ses actionnaires les plus puissants, notamment par les fonds spéculatifs ou hedge funds, comme un partenaire économique dans lequel ils croient, qu’ils choisissent pour la qualité et les perspectives d’évolution de son activité réelle.

    Le titre acquis est devenu un jeton de casino placé sur la tapis vert de la table de jeu mondialisée, le temps de quelques tours de roulette, dans le but d’empocher N fois la mise. Mais le hasard n’a plus sa place : il suffit pour cela de faire placer sur le même tapis vert par le PDG ou le directeur financier métamorphosé en croupier, les immobilisations et jusqu’aux forces vives (les ressources humaines) du numéro choisi…

    Il en va de même de la dette publique des États, proie idéale pour les poids lourds de la spéculation financière, « Les nouveaux maîtres du monde - tels que Goldman Sachs » :

    Cliquer sur l’image pour visionner

    (lire la suite…)

    • Désormais, ce n’est plus l’activité réelle des entreprises qui importe.

      La notion de vocation économique a fait place à celle d’opportunité, voire à des comportements de prédation.

      La cotation boursière des entreprises ne dépend plus vraiment de leur activité réelle, ni de leurs résultats mais, au mieux, du sentiment de confiance des investisseurs à leur égard, ou au pire, de pratiques de trading dignes d’un jeu de casino automatisé à martingale intégrée : le trading à haute fréquence

      France culture - Émission “Les Carnets de l’économie” - Le trading à haute fréquence (François Pilet, journaliste économique à l’hebdomadaire suisse Le Matin dimanche)

      Cliquer :
      1/4 - « Qu’est-ce que le trading à haute fréquence ? »
      2/4 - « Menace sur les marchés boursiers »
      3/4 - « La nouvelle géographie de la finance »
      4/4 - « Comment réguler le trading à haute fréquence ? »

      ● Les sondages d’opinion jouent un rôle majeur, alors que les instituts qui les pratiquent sont des organismes de droit privé.

      Malgré les procédures de contrôle auxquelles sont soumis les sondages, ils demeurent susceptibles de dérives diverses quant aux questions posées, la manière de les poser, les échantillonnages, la publication des résultats (le moment et les circonstances), ou leur rétention.

      La publication régulière de prétendus indicateurs tels que l’indice de confiance des consommateurs émis par l’Université du Michigan, suffit à faire la pluie ou le beau temps sur toutes les places boursières de la planète, au moins pour quelques heures, avant d’être chassés par les suivants, comme les nuages par le vent.

      L’essentiel étant d’agiter l’eau du marigot prédictif. La spéculation ne déteste rien autant que la stabilité et le calme plat.

      ● A défaut d’information avérée, la moindre rumeur permet de faire varier les cours au gré des spéculateurs. Manipuler le capital des entreprises en altérant sa valeur, peut permettre de prendre leur contrôle. Il en va de même avec la dette des États !

      La suite, nous ne la connaissons que trop : la proie est dépecée, vidée de sa substance, les emplois et même les équipements sont délocalisés et les salariés chômeurisés, abandonnés à la charge de la collectivité à l’issue de plans sociaux généralement plus formels qu’opérationnels.

  • Financiarisation de l’économie publique et spéculation : les exigences spéculatives des marchés financiers font exploser la dette des États en jouant sur la confiance des créanciers (chantage à la mise en faillite des États).

    En contrepartie de nouveaux prêts, les marchés financiers contrôlés par les spéculateurs imposent aux États les réformes structurelles prescrites par les institutions financières et commerciales internationales.

    Nous touchons certainement là, à la dimension la plus irrationnelle et la plus absurde de la globalisation financière : comme le prestidigitateur faisant sortir un premier lapin de son chapeau, le monde de la finance globalisée crée ainsi une réalité virtuelle qu’il manipule continuellement : la confiance.

    (lire la suite…)

    • Les marchés financiers infligent désormais aux États le même traitement qu’aux entreprises cotées en bourse, faute de régulation et de contrepouvoir.

      La dette d’un État joue en creux le rôle du capital d’une entreprise. Il suffit de faire varier son cours, non sur une base rationnelle, mais en agitant la baguette magique de la confiance…

      Comment faire d’une dette gérable, une boule de neige menaçant de déclencher des avalanches ?
      En rachetant la dette de l’infortuné ou de l’imprudent ; ce qui était impossible dans le passé, mais que la globalisation financière a rendu possible et finalement imposé, via la titrisation des dettes publiques.

      Les créanciers de l’État ne sont alors plus ceux auxquels il avait emprunté. Ses nouveaux créanciers, non plus des investisseurs mais des spéculateurs, peuvent alors commencer leur chantage :

      1ère étape - « Finalement, nous n’avons pas suffisamment confiance dans la capacité de remboursement de cet État. Notre risque doit être mieux rémunéré. Soit nous remettons sa dette sur le marché. Ce sera déplorable pour la confiance à son égard et le taux d’intérêt qu’il devra payer sera inabordable, au risque de le mettre en faillite. Soit il évite un tel risque en acceptant une révision à la hausse des taux qu’il nous verse. »
      L’endetté n’a pas le choix. Sous la pression des autres États également endettés et craignant d’être visés à leur tour, il obtempère.

      2ème étape« Malgré tout, nous n’avons toujours pas confiance…. » Pour passer à cette étape, le concours des trop fameuses agences de notation est des plus précieux : ce sont elles qui dégradent la note de l’État endetté et lui mettent le couteau sous la gorge, justifiant de nouvelles exigences de la part des créanciers, obligeant l’emprunteur à accroître ses garanties financières. Si de ce fait le taux d’intérêt est encore augmenté, le débiteur doit emprunter encore, aux conditions du prêteur. Et là, c’est l’artillerie lourde du dogme libéral qui est déployée, avec tout le poids des institutions financières internationales : les réformes structurelles. Si l’ État emprunteur ne veut pas être déclaré en faillite, il doit accepter ces réformes.

      3ème étape« L’État n’est pas la solution, mais le problème ».

      Et c’est le second lapin que le prestidigitateur fait sortir de son chapeau ! Le dogme central du néolibéralisme, manié de main de maître par les marchés financiers. Comme l’entreprise victime d’une OPA hostile, c’est l’ État qui est dépecé, et sa population qui est quart-mondisée, sans plan social, et abandonnée à un sort peu enviable.



      Dans le cas emblématique de la Grèce
      …la leçon à tirer est on ne peut plus parlante.

      Son admission au sein de l’Union Européenne n’a jamais donné lieu à une réforme préalable allant dans le sens de sa viabilité socioéconomique. Son incapacité à lever l’impôt n’a jamais été considérée comme un frein à son intégration. Donc le déséquilibre de ses comptes n’a pas été considéré comme un problème.

      ● Plus récemment, nous découvrons qu’un des dieux du panthéon financier mondial, la banque américaine Goldman Sachs, a certifié pendant plusieurs années les comptes de l’État grec, en les trafiquant pour le faire apparaître solvable, puis a spéculé sur sa dette*… se livrant impunément à un *délit d’initié flagrant !

      Cliquer :
      Un banquier de Goldman Sachs à la tête de la BCE :
      « Comme les autres, Goldman Sachs a spéculé sur la dette grecque ! »


      Rappelons le rôle joué par Goldman Sachs dans la crise grecque

      Entre 2001 et 2004, Goldman Sachs a aidé les Grecs à camoufler leur dette. Ce délit de bankster a finalement rapporté au Goliath de la spéculation financière 600 millions de dollars.

      Or la banque est accusée d’avoir dans le même temps spéculé sur la faillite de la Grèce. Comme elle l’a fait pendant des années avec ses propres clients (que ses brillants conseillers qualifiaient de “muppets” marionnettes), auxquels elle vendait des produits toxiques à prix d’or, pour ensuite spéculer contre eux et rafler la mise

      En novembre 2011, le premier ministre Geórgios Papandréou est remplacé par Loukás Papadímos, ex-collaborateur de… Goldman Sachs !

      Cliquer :
      « Goldman Sachs et la dette Grecque »

      ● Dès la première dégradation de la note grecque, le mécanisme de chantage s’est enclenché.

      D’une part, tirant prétexte de l’anomalie réelle de fonctionnement de l’État grec, les réformes structurelles que les institutions financières de l’Europe et le FMI prétendent lui imposer, sont l’équivalent de la saignée que les médecins de Molière administraient à leurs patients flegmatiques.

      Car ne nous y trompons pas, saigner un peuple anémique revient à le tuer.

      Or de quelle nature est le mal dont souffre réellement la Grèce ? Comme tous les pays endettés : son déficit public. Mais encore ? Son incapacité de lever l’impôt ?



      ● Bref. Pourquoi la Grèce ne parvient-elle pas à lever l’impôt ? Il semblerait que cette difficulté relève de différents niveaux :

      Culturel : c’est un grand classique, dont souffrent la plupart des pays dans lesquels la corruption sévit du sommet à la base et de la base au sommet. Mais quelle que soit sa culture, si tant est que la corruption soit assimilable à un trait culturel, tout pays, toute société n’est-elle pas capable d’évoluer ?

      Structurel / institutionnel : par exemple, l’absence de cadastre rend quasiment impossible de gérer l’impôt foncier. Sans parler des permis de construire et de la justice relative aux conflits de propriété…



      ● Dans une telle situation d’incurie étatique, 3 grandes familles s’étant relayées au pouvoir pendant des décennies, régnant sur les milieux d’affaires du pays, c’est bien sûr à la fois le népotisme et la loi de la jungle qui ont prévalu jusqu’à présent. Personne ne peut donc ignorer qui a bénéficié de ce système au plus haut degré.

      Or est-ce à ces prévaricateurs que les institutions financières internationales réclament aujourd’hui des comptes, ou des garanties ? Non, bien sûr.

      L’État grec est sommé de serrer la ceinture de sa population, non celle de ses milliardaires. Comme toujours…

      Ce sont les victimes du système qui se voient infliger une double peine. Et les profiteurs pourront continuer de couler des jours dorés, sous les cieux hellènes ou sous tout autre latitude où ils battent pavillon, tels que les paradis fiscaux dont la business set planétaire est coutumière.

      Depuis l’admission de la Grèce en 1981 au sein de l’Union Européenne, l’Europe n’aurait-elle pas pu l’aider à assurer ce virage ? Mais l’Europe est avant tout libérale. Ce qui importe d’abord, c’est la capacité des acteurs économiques à faire des affaires, donc du profit. Ne l’oublions pas, « l’État n’est pas la solution mais le problème ».

      Le développement socioéconomique durable de ses peuples est moins que jamais au centre des préoccupations de l’Europe.

      ● Donc les réformes structurelles qui devront s’appliquer ne vont pas dans ce sens, mais bien dans celui exigé par les marchés financiers :

      Privatiser le financement de la dette afin de le soumettre aux taux d’intérêt des marchés financiers. C’est fou comme il grimpe vite à ce train là… le service de la dette. Et voilà le boulet fixé à la cheville des États !

      Un boulet qui ne cessera de grossir, jusqu’à faire tanguer l’embarcation Grèce et l’obliger à jeter à la mer toujours plus de lest :

      car c’est bien sûr la protection sociale qui risque de faire couler l’économie,

      et l’engagement de l’État dans l’intérêt général n’est en fait que gabegie à jeter aux orties, etc.


Impacts de la sphère financière sur l’économie réelle et la démocratie.

  • Évolution de la politique monétaire des États, dans la mondialisation : c’est la doctrine monétariste néolibérale qui domine la gouvernance de l’Union Européenne. Elle se résume dans :

    ● la hantise de l’inflation, accusée de rogner les revenus du capital,

    ● la volonté de réduire la part salariale dans le coût global de l’activité économique génératrice de profit.

    (lire la suite…)

    • ● Mais confondant une augmentation de prix correspondant sans accroissement de valeur (inflation) avec une augmentation de prix correspondant à un accroissement de la valeur, c’est en diminuant la valeur intrinsèque des produits et des services (surtout, hélas, leur qualité sociale et environnementale) que cette politique tente de maintenir des prix constants, alors que les profits des multinationales n’ont cessé de croître dans les 30 dernières années..

      ● Or ce corollaire monétariste de la loi de marché n’émane pas d’instances politiques démocratiquement élues, mais des organisations économiques internationales sous influence de la sphère économique privée mondialisée, c’est à dire les multinationales elles-mêmes, parvenant à zapper les réglementations nationales.

      Elles sont, de ce fait, capables d’imposer aux territoires leur exigences de libre-échange et de dérégulation toujours plus poussées.

  • Inversion des valeurs démocratiques : de même que l’économie est de moins en moins au service des populations, celles-ci étant instrumentalisées par la loi du profit, l’État est sommé par les marchés de renoncer à sa fonction de gardien de l’intérêt général, et d’obéir désormais aux intérêts économiques privés soustraits au champ national de son contrôle.

    (lire la suite…)

    • Stratégie et moyens mis en œuvre

      ● C’est ainsi que la politique économique des États est peu à peu devenue le pré carré d’une technocratie sous l’influence de pressions affairistes mondiales croissantes, dont le pouvoir s’est substitué au droit démocratique des citoyens de choisir et de décider de leur avenir, et au fonctionnement des institutions de nos démocraties.

      ● Comme le Président Pompidou en son temps, ancien directeur de la banque Rothschild, bon nombre des personnalités de l’Union Européenne de premier plan ont préalablement travaillé pour la Banque Goldman Sachs, et certaines sont désormais aux commandes d’États membres, comme la Grèce (hors nous savons quel rôle avait joué dans le passé cette banque dans le maquillage des comptes publics de ce pays…) ou l’Italie.



      Au lieu de moduler ce processus, dont l’OMC et le FMI sont les satellites émetteurs, l’Europe le relaie à pleine puissance pour l’imposer à ses États membres.

      ● Son dogme d’une prétendue concurrence libre et non faussée, est le catalyseur de propagation des intérêts affairistes planétaires, au cœur des territoires européens.

      C’est sur ce commandement prioritaire que les grands prêtres de l’Union Européenne veillent le plus jalousement, ne manquant pas une occasion de faire procéder à l’inculpation des déviants, au nombre desquels sont systématiquement condamnés les résistants tentant de sauver du déluge de la mondialisation, les entreprises porteuses de tout l’édifice des économies de leurs territoires.

      ● En revanche, jamais ne sont poursuivis par l’Europe les investisseurs vampires et autres fonds de pension, qui disparaissent dans la nature après avoir siphonné les fonds propres et souvent les subventions de leurs proies.

      Visiblement, ce cas de figure est hors sujet et non prévu par les traités et projets constitutionnels de l’Union Européenne.



      Les objectifs réels de cet ultra-libéralisme, instillé par l’oligarchie mondiale :

      Défaire les politiques sociales des États démocratiques afin de diminuer la part de la contribution du secteur privé dans ce sens, et niveler par le bas les coûts de production pour optimiser les profits, mondialement. But ultime de la mondialisation.

      ● Rendre inopérants les processus, les lois et les institutions démocratiques émanant du vote citoyen, supplantés par une gouvernance mondiale oligarchique, non démocratique par essence.

      ● Instrumentaliser la capacité de la dictature politique chinoise à exercer une dictature économique à l’échelle planétaire, afin d’accélérer la soumission des États et des populations des pays démocratiques au dictat des marchés. Surréaliste ? Non. Il s’agit au contraire d’une maîtrise hyper-réaliste des paradoxes de notre temps, et de l’expression de la capacité machiavélique de l’opportunisme affairiste de la spéculation planétaire qui fait rage.



      Une Troisième Guerre Mondiale qui ne dit pas son nom.

      ● La Première Guerre Mondiale laisse dans nos mémoires la blessure de l’inhumaine boucherie de ses champs de bataille et de ses tranchées, des baïonnettes et des canons qui dans les pleines de France fauchèrent, à l’ancienne, une génération dans la fleur de l’âge, venue se battre de plusieurs continents. Mais le recours inédit à la chimie, avec le gaz de combat qui continua à tuer longtemps encore après la fin des hostilités, préfigurait les chambres à gaz de la Deuxième Guerre Mondiale.

      ● La Deuxième Guerre Mondiale génocidaire qui n’épargna pas les civils et rasa tant de villes, s’était achevée à Hiroshima et à Nagasaki, dans la terreur apocalyptique de la bombe atomique.

      ● Pour beaucoup d’observateurs, avec la mondialisation commerciale, c’est une Troisième Guerre Mondiale qui ne dit pas son nom, qui fait rage. Il s’agit d’une guerre économique rampante. Son arme est la spéculation financière qui, telle une bombe à neutron, réussit dans sa course au profit à éliminer les populations inutiles ou gênant sa stratégie d’accumulation, mais sans affecter les infrastructures et les dispositifs nécessaires à sa sinistre moisson…

Dans le même temps, la fuite des capitaux de la sphère économique officielle n’a cessé de s’accélérer, au profit des paradis fiscaux (centres offshore) vers lesquels converge tout l’argent sale de la planète

Tout cela pour ça !

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  • Il s’agit d’un jusqu’au-boutisme suicidaire. Car, ce faisant, la spéculation financière tue la poule aux œufs d’or, c’est-à-dire le pouvoir d’achat du plus grand nombre qui alimentait jusqu’alors le moteur de la société de consommation sur laquelle la spéculation avait établi sa rente. Mais contrairement à la vision d’un Machiavel, le cynisme des spéculateurs financiers brouillé par leur cupidité, souffre d’une incapacité pathologique à prendre en compte les conséquences de leurs agissements, à plus ou moins long terme, y compris pour ce qui concerne leurs propres intérêts.

    Toutefois, un soubresaut de conscience de ce risque serait-il en train de se manifester ?

    Cliquer pour écouter

    Hélas, la mémoire de poisson rouge des marchés
    et le déséquilibre des forces en présence
    peuvent conduire à en douter…

    (lire la suite…)

    • ● Nous pourrions y voir une forme de crétinisme particulièrement prononcé, dû à l’absence d’un oligoélément vital : l’altruisme. Non dans l’acception morale du terme, mais au sens de la prise en compte de l’interdépendance des acteurs économiques, et des réactions en chaîne, de cause à effet, résultant du comportement de chacun.

      L’apologie de la cupidité en économie, professée pendant des décennies par le prix Nobel 1976, Milton Friedman, a bien sûr largement contribué à décomplexer la libération des instincts les moins

      ● Mais sans doute un autre type de pathologie est-il en cause : le comportement addictif bien connu des joueurs compulsifs qui, refusant tout accompagnement thérapeutique, creusent leur propre tombe, tout en entraînant leur entourage dans leur naufrage.

      Comme un enfant caractériel refusant toute tutelle et toute autorité, ce système oligarchique mondialisé court à sa perte. Mais il risque fort de précipiter dans le même temps les populations du monde entier dans un chaos globalisé…

      ● De ce point de vue, l’analyse de l’économiste et anthropologue Paul Jorion portant sur « le comportement suicidaire de la finance » nous semble tout-à-fait pertinente.

      Cliquer :

      Voir également notre page : Un système oligarchique mondialisé

Un expert en criminologie économique, le commissaire divisionnaire Jean-François GAYRAUD, analyse et dénonce « Le nouveau capitalisme criminel », et plaide pour une reprise en mains de la régulation de l’économie par les États.

Voir également nos pages :
« Homo praedator… Homo terminator ? »
« La Dette Publique est-elle l’arme des marchés contre les États ? »


Liste des liens documentaires consultables


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95. Comment les spéculateurs profitent de la crise

96. La bourse et la vie

97. Le CAC40 contre l’emploi

98. Et si on fermait la bourse ?!

99. La face cachée des banques

100. Les agences de notation : discréditées par leurs conflits d’intérêts

101. Les agences de notation sacquent les aspirations démocratique des Tunisiens…

102. L’arène économique boursière : « Ave, speculator. Morituri te salutant !

103. Bruxelles : lobbying financier

104. Corruption au Parlement Européen

105. L’Europe du Capital (« Le Président », de Henri Verneuil - 1961 - avec Jean Gabin (d’après Georges Simenon, dialogues de Michel Audiard)

106. Le remède libéral de la Commission pour soigner l’Europe en crise

107. Réaction citoyenne contre la libéralisation du marché de l’eau en Europe

108. Hervé Kempf : « L’oligarchie ça suffit ! »



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