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La mondialisation commerciale, la globalisation financière, et nous…

►►►►Pour faire court, nous pourrions résumer la situation de la manière suivante :

Comme un tournevis à cliquet facilitant le vissage ou au contraire le dévissage, le sens de rotation du système “mondialisation” est bloqué sur la position dévissage des dispositifs nationaux de régulation sociale et environnementale en vue de leur démantèlement, dans l’optique exclusive de l’optimisation des profits.

Le système économique mondialisé tourne à l’envers.

Comme une pierre philosophale inversée, il transforme l’or en plomb. Car il détruit désormais davantage de valeur non renouvelable (écologique et humaine) qu’il ne crée de valeur éphémère (biens de consommation et profits financiers).

Il fonctionne de manière aveugle, en occultant l’essentiel de la destruction de valeur (sociale, sanitaire, environnementale, etc.), pour ne comptabiliser que la valeur créée (taux de croissance).

La formule magique de cette inversion tient dans le mantra paradoxal de l’ultra-libéralisme économique :

« Il est interdit d’interdire. »

Le libre-échange des biens & services et la libre circulation des capitaux, sans la prise en compte du respect de règles sociales, économiques et environnementales communes, constituent une inversion du sens de rotation des processus de développement socioéconomique soutenable.

A l’inverse, ils aboutissent à l’enrichissement des plus riches au détriment de la majeure partie de l’humanité, et à la mise à sac de notre planète.

Mais comment une telle (des)orientation a-t-elle été rendue possible ?

En y regardant de plus près, nous constatons que dès son origine, l’OMC succédant au GATT a procédé
à une véritable manipulation génétique, en inversant purement et simplement le sens étymologique du
mot « dumping »
et surtout de la réalité de son processus (signification et charge de la preuve).

Or l’Union Européenne a adopté et appliqué cette définition à l’identique :

« Un produit est considéré comme faisant l’objet d’un dumping lorsque son prix à l’exportation vers la Communauté est inférieur au prix comparable, pratiqué au cours d’opérations commerciales normales, pour le produit similaire dans le pays exportateur (article 1.2). »

… au lieu de retenir logiquement le pays importateur comme domaine de définition de cette équation !

Dès lors, le dénominateur du rapport qualité / prix étant totalement biaisé, la concurrence faussée car affranchie de toute régulation, pouvait faire entrer son rouleau compresseur en action. Elle procède depuis à son grand œuvre de nivellement par le bas de la protection sociale en environnementale.

Pour une approche plus détaillée de cette question, voir notre page :

Le rôle des Organismes Commerciaux et Financiers Supranationaux
Cliquer :
Le rôle des Organismes Commerciaux et Financiers Supranationaux

En leur interdisant de se protéger du virus de l’exploitation humaine et de la marchandisation destructrice de la planète, cette dénaturation sémantique suffit à neutraliser le système immunitaire des économies les plus responsables sur le plan social et environnemental, et prétend les obliger à s’aligner sur les pratiques économiques les plus irresponsables à l’échelle mondiale.

Un modèle en découle logiquement : celui d’une dictature soumettant ses populations à des intérêts économiques privés générant un maximum de profit, sans protection sociale, ni fiscalité, ni donc de possibilité de redistribution du revenu global par l’État (rééquilibrage socioéconomique).

Ce qui explique beaucoup mieux le taux de croissance et la conquête économique planétaire menée par l’Empire du Milieu dans les dernières décennies. C.Q.F.D…

En d’autres termes, ce dispositif tourne dans le sens d’inégalités croissantes, de sociétés de plus en plus violentes (délinquance et/ou violence d’État), et d’une dégradation accélérée des écosystèmes vitaux.

Quels sont jusqu’à présent les véritables gagnants de ce détournement de l’intérêt économique général ?

C’est l’objet de notre page :

Gagnants et perdants de la mondialisation économique et financière


Nous zoomons sur les principaux rouages de la mondialisation commerciale
et de la globalisation financière dans notre chapitre :

Mondialisation / Globalisation - Une spirale économique toxique
Cliquer :
Le super-système MONDIALISATION



Mais c’est ici une vision plus schématique que nous proposons.

Grand angle

Zoom


1 – Les dogmes du néolibéralisme anglo-saxon

… que l’Union Européenne a aveuglément adoptés :

  • L’avidité est le moteur de la création de richesse.
  • La théorie du ruissellement : l’enrichissement d’une élite profite finalement à tous.
  • Trop d’impôt tue l’impôt.
  • La libre-concurrence ne doit donc pas subir d’entraves / Le protectionnisme conduit à la guerre.
  • Le marché a toujours raison.
  • L’État n’est pas la solution, mais le problème.
  • L’inflation est l’ennemi n°1 (comprendre : … du capital)
  • Le chômage, quant à lui, contribue à limiter l’inflation (en limitant l’augmentation des salaires).
  • La seule régulation qui vaille est donc monétaire.

Le rôle d’une Banque Centrale, et donc celui de la Banque Centrale Européenne, doit se limiter à minimiser l’inflation en fixant le taux directeur (taux d’intérêt au jour qui régule l’activité économique).

Or la BCE, plus royaliste que le roi, est souvent seule à appliquer à la lettre ce dogme monétariste, et dans ce cas au détriment de l’économie européenne par rapport au reste du monde…

Avec la crise mondiale actuelle de la dette publique, nous vivons le paroxysme de cette idéologie néolibérale. C’est pourquoi, parodiant le dogme originel du néolibéralisme, le prix Nobel 2001 d’économie, l’Américain Joseph Stieglitz a publié en 2010 son analyse de cette crise sous le titre « Le triomphe de la cupidité ».


Les conséquences de l’application des dogmes néolibéraux


2 – La mondialisation commerciale

Fondée sur les principes de libre-échange, elle a mis en concurrence brutale des pays industrialisés dotés d’un droit du travail et de réglementations environnementales, avec des territoires caractérisés par le droit d’exploiter les populations et de polluer en toute impunité du fait soit de régimes totalitaires, soit du niveau de corruption, voire des deux. Rares sont les pays qui ont eu la volonté et sont parvenus (comme l’Allemagne, jusqu’à présent…) à résister au dumping d’une telle concurrence et à éviter de leur désindustrialisation.


3 – La globalisation financière

Elle a consisté à libérer progressivement les marchés financiers de la tutelle et de la régulation des États. La conséquence a finalement été la soumission de l’économie réelle à la loi des marchés financiers.

L’interaction des deux phénomènes a non seulement accru cette tendance, mais de surcroît a sonné le glas du pouvoir politique démocratique, laissant les marchés livrés à eux mêmes, et le sort des populations abandonné à la loi des marchés.

La perte de croissance résultant de la désindustrialisation non compensée(-able) par une économie alternative (services) va de paire avec le déficit de la balance commerciale des ex.-pays industrialisés, et donc une perte globale de revenus, aggravée par l’accélération de l’évaporation fiscale (allégement et optimisation légale + évasion frauduleuse). La tentative de maintien d’un système social de redistribution dans ces conditions n’a donc cessé d’accroître le déficit budgétaire et la nécessité pour les États d’emprunter. D’où un accroissement structurel de leur dette, incompressible, à moins de renoncer à leur système de protection sociale et de redistribution. C’est le message constant que leur adressent les marchés financiers : la loi du marché.


Mais un second processus a progressivement rendu le mécanisme de la dette des États de plus en plus ingérable :


Pour comprendre la dette publique en quelques minutes :
cliquer sur cette image

Pour comprendre la dette publique en quelques minutes : cliquer

La privatisation financière de la dette publique

s’est faite en plusieurs temps et combine 3 facteurs :

A- Interdiction faite aux banques centrales de prêter aux États

Ceux-ci sont donc contraints d’emprunter sur les marchés financiers.

● En France, loi du 3 janvier 1973 sur la Banque de France :
depuis cette date, la Banque de France n’émettra pratiquement plus de prêts publics à taux zéro.

● 1993, création de la BCE :
à partir de cette date, ni les banques centrales des États membres de l’UE, ni même la BCE ne sont autorisées à prêter aux États (Traité de Lisbonne – article 101).

(le redoublement de la crise de confiance des marchés financiers en 2011 a forcé la main des dirigeants européens, les obligeant à briser ce tabou, mais en contrepartie d’une rigueur budgétaire nuisible à la croissance économique des pays membres…)

B- Les taux d’intérêt appliqués aux prêts faits aux États (donc la charge de la dette publique)

Ils peuvent être désormais supérieurs au taux de croissance de leur économie. L’écart entre leur endettement et leur capacité de remboursement de leur dette se creuse donc d’autant plus que leur croissance économique faiblit. Et le risque de défaillance des États contribue à la hausse des taux d’intérêt et du poids de leur dette. Ce cercle vicieux s’avère être un piège mortel pour la souveraineté des États.

C- La titrisation de la dette publique

La titrisation de la dette publique ne permet plus aux États de savoir qui sont leurs prêteurs. Pire : son internationalisation favorise la spéculation hostile jouant, contre l’intérêt des États, à faire augmenter le taux d’intérêt de leurs dettes.

Altérer la confiance des investisseurs, que ce soit par la notation financière ou par la rumeur, accroît le poids de la dette des États et leur vulnérabilité à la pression des marchés.

Même si la dégradation de la note financière de la dette publique d’un État, au prétexte du risque d’insolvabilité, est initialement moins justifiée qu’elle le serait pour d’autres État dont on ne dégrade pourtant pas la note, le seul fait de procéder à cette dégradation élève le taux d’intérêt qu’il devra payer à ses créanciers et alourdit le coût de sa dette, aggravant finalement son risque d’insolvabilité. C’est pourquoi ce processus est qualifié de prophétie auto-réalisatrice des agences de notation. Il est désormais de plus en plus mis en cause, tout comme le conflit d’intérêt résultant à la fois du statut privé des agences de notation financière, de la composition de leur conseil d’administration et de la nature même de leurs activités.

En outre, les critères de notation financière sont loin de porter sur une gouvernance socioéconomique soutenable des États, qui intégrerait des enjeux de Développement Durable et de Responsabilité Sociétale et Environnementale des gouvernants et de leurs parties prenantes.

Si une agence de notation européenne voit enfin le jour, intégrera-t-elle un tel logiciel de gouvernance durable ?



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